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Comment dessiner un chibi reconnaissable, et pas juste une grosse tête

Le chibi passe pour l'exercice facile du dessin manga, et c'est vrai sur le papier : grosse tête, petit corps, deux à trois têtes de haut. Puis vous essayez de faire le chibi de VOTRE personnage, et le résultat pourrait être n'importe qui. C'est là que l'exercice devient intéressant, parce qu'un chibi n'est pas un personnage réduit : c'est un personnage dont on a supprimé quatre vingt pour cent des informations, et il faut choisir lesquelles. Voici comment dessiner un chibi en partant de cette contrainte : la hauteur à choisir selon l'usage, les six éléments à supprimer sans hésiter, et les trois marqueurs qui gardent votre personnage identifiable.

2, 2,5 ou 3 têtes : la hauteur se choisit selon l'usage

La hauteur totale se compte en têtes, et ce n'est pas un détail de style : c'est elle qui décide de ce que le chibi peut faire. Pour comparaison, un personnage manga adulte normal mesure sept à huit têtes, comme on le détaille dans comment dessiner un corps manga.

2 têtes : la mascotte

Le corps fait exactement la taille de la tête. Les membres deviennent des moignons, les mains des moufles, les pieds des gouttes. Très expressif, très mignon, mais incapable de tenir une pose compliquée ou un objet précis. C'est la hauteur des autocollants, des émotes et des petites illustrations isolées.

2,5 têtes : le chibi standard

Le meilleur compromis, et celui par lequel commencer. Les bras ont assez de longueur pour atteindre le visage, donc toutes les poses classiques deviennent possibles : se gratter la tête, pleurer, pointer du doigt, porter quelque chose. C'est la hauteur par défaut des cases de gag dans un manga.

3 têtes : le semi chibi

On garde la silhouette générale de l'adulte, avec une tête simplement trop grosse. C'est la seule hauteur qui laisse le personnage rester pleinement lui même, donc celle à préférer pour les produits dérivés et les couvertures où il doit être identifié au premier coup d'oeil.

La règle qui découle de tout ça

Plus le chibi est court, plus il est mignon et moins il est identifiable. Choisissez donc la hauteur à partir de la question posée : si le lecteur doit reconnaître QUI c'est, montez à 3 têtes ; s'il doit seulement ressentir une émotion, descendez à 2.

Les 6 éléments à supprimer, sans hésiter

Un chibi raté est presque toujours un chibi où l'on a gardé des détails d'adulte. Enlevez ces six choses, dans cet ordre.

  • Le cou. La tête se pose directement sur les épaules. Un cou, même court, suffit à casser l'effet et à donner un nain plutôt qu'un chibi.
  • Le nez. Rien, ou un point minuscule. Un nez dessiné ramène de la structure de visage adulte au milieu d'une figure qui n'en a plus.
  • Les doigts. La main devient une moufle arrondie. On ne sépare éventuellement que le pouce, et seulement quand il faut tenir un objet.
  • Les articulations. Pas de coude, pas de genou visible : les membres sont des tubes qui se courbent. Les plis d'articulation sur un chibi font un dessin sale.
  • Les clavicules, les muscles, les côtes. Tout le relief du torse disparaît. Le corps est une forme simple, souvent une poire ou un haricot.
  • Les mèches de détail. On garde la silhouette de la coiffure et deux ou trois mèches, pas la vingtaine de la version normale. La mécanique des masses de cheveux est dans comment dessiner les cheveux manga.

Ce qui grossit, en revanche

Les yeux, qui occupent presque toute la moitié basse du visage. Les pieds et les mains, qui restent gros par rapport aux membres. Et la coiffure, qui prend du volume parce que c'est elle qui porte l'identité.

L'erreur de placement que font presque tous les débutants

Sur un visage manga normal, la ligne des yeux passe à peu près au milieu de la tête. Sur un chibi, elle descend nettement plus bas, aux deux tiers environ, ce qui laisse un front énorme. C'est ce front qui fait le bébé. Des yeux placés au milieu donnent un adulte rapetissé, pas un chibi.
Deuxième erreur de la même famille : rapprocher les yeux. L'écart entre les deux yeux d'un chibi vaut au moins la largeur d'un oeil, souvent plus. Serrés, ils donnent un visage inquiétant.

Garder le personnage reconnaissable : la règle des 3 marqueurs

Voilà le vrai exercice. Vous venez de supprimer le nez, le cou, les doigts, les muscles et la plupart des mèches. Il ne reste presque rien pour dire que c'est votre héros et pas un autre. La solution n'est pas d'en remettre : c'est de choisir trois marqueurs et de les exagérer.

Comment choisir les trois

  • La silhouette de la coiffure. C'est le marqueur le plus fort en manga, et de loin. Une queue de cheval haute, une mèche qui barre le front, deux couettes : ça se lit même à un centimètre.
  • Un accessoire ou un vêtement unique. Des lunettes, une écharpe, un bandeau, une veste d'une forme particulière. Un seul, celui que le personnage ne quitte jamais.
  • La forme des yeux. Pas leur couleur, leur FORME : en amande, tombants, mi clos, avec un sourcil épais. C'est ce qui porte le caractère quand tout le reste a disparu.

Trois, pas quatre. Au delà, le chibi redevient chargé et perd exactement ce qu'on cherchait.

Le test de la planche de casting

Dessinez les chibis de trois de vos personnages sur la même feuille, en tout petit, puis regardez les à un mètre de distance. Si vous ne les distinguez plus, vos marqueurs sont mal choisis : ils sont probablement trop proches les uns des autres, ou vous avez misé sur la couleur des yeux, qui ne se voit pas en noir et blanc. C'est le même test que celui de la silhouette décrit dans comment dessiner un personnage de manga.

Quand un chibi a le droit d'apparaître dans un manga sérieux

Le chibi est une convention de ton, pas une illustration bonus. Il sert à désamorcer : une colère ridicule, une gêne, une réplique absurde, un commentaire du narrateur. Il fonctionne le temps d'une case ou deux, dans une scène qui n'est pas dramatique. Posé au milieu d'un combat ou d'une scène de deuil, il casse la tension pour tout le chapitre, et le lecteur le sent même s'il ne saurait pas le nommer. Règle simple : si la case d'avant et la case d'après sont graves, pas de chibi.

Conclusion

Un chibi n'est pas un personnage réduit, c'est un personnage amputé volontairement. Choisissez d'abord la hauteur selon ce que le dessin doit faire : 2 têtes pour une émotion, 2,5 pour une pose, 3 pour qu'on reconnaisse qui c'est. Supprimez ensuite sans regret le cou, le nez, les doigts, les articulations, le relief du torse et les mèches de détail, et descendez la ligne des yeux aux deux tiers du visage. Puis gardez trois marqueurs d'identité, pas quatre, et vérifiez les en regardant votre planche à un mètre. Si vos trois personnages restent distincts à cette distance, votre chibi est réussi.

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