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Trame manga : quelle densité choisir, et comment éviter le moiré

Une trame manga, tout le monde sait à quoi ça ressemble : ces points gris qui font les ombres et les ciels dans les pages en noir et blanc. Ce que personne n'explique, c'est le moment où l'on se retrouve devant un présentoir avec trente références qui portent des noms comme SE-61 ou 60L 20 pour cent, sans savoir laquelle sert à quoi. Et le moment, plus tard, où la page scannée revient avec des vagues sales là où il y avait des points nets. Les deux problèmes ont la même cause : une trame n'est pas une texture décorative, c'est une grille avec deux chiffres, et ces deux chiffres décident de tout.

Les deux chiffres qui définissent une trame

Une trame traditionnelle est une feuille d'acétate adhésive couverte d'une grille de points. Elle se décrit par deux valeurs, et elles sont presque toujours écrites sur l'emballage.

La finesse, en lignes par pouce

C'est le nombre de rangées de points sur une longueur d'un pouce, noté L : 27,5 L, 42,5 L, 60 L, 85 L. Plus le chiffre est haut, plus les points sont petits et serrés, et plus la trame ressemble à un gris continu quand on s'éloigne. Plus il est bas, plus les points se voient et plus la trame devient un effet graphique assumé.

La densité, en pourcentage

C'est la part de surface réellement noire : 10 pour cent donne un gris très clair, 30 pour cent un gris moyen, 60 pour cent un gris sombre. Deux trames peuvent avoir la même densité et une finesse différente : même gris de loin, rendu complètement différent de près.

Lire une référence

Une étiquette du type 60 L 20 pour cent se lit donc : points fins, gris clair. C'est la trame la plus utilisée au monde, parce que c'est celle des ombres de peau. Les numérotations des fabricants, SE-61 chez l'un, un code à trois chiffres chez l'autre, ne sont que des catalogues : ramenez toujours la référence à ces deux chiffres là.

Les trois trames qui couvrent presque tout

  • 60 L, 10 à 20 pour cent : les ombres de peau et de vêtements clairs. C'est celle que vous utiliserez dans neuf cases sur dix.
  • 60 L, 30 à 40 pour cent : les cheveux foncés, les ombres profondes, les tissus sombres. Elle se superpose proprement à la première.
  • Un dégradé : les ciels, les fonds d'ambiance, les cases d'émotion. Un seul suffit pour commencer.

Trois feuilles, et vous pouvez tramer un chapitre entier. Acheter un assortiment de trente motifs avant d'avoir compris ces deux chiffres est la dépense la plus inutile du matériel manga.

Poser une trame proprement

Le geste est simple, mais il a trois pièges qui se voient tous à l'impression.

Découper large, coller, puis recouper

On ne découpe pas la forme exacte à l'avance. On coupe un morceau nettement plus grand que la zone, on le pose sur le dessin déjà encré et bien sec, puis on recoupe au ras du trait d'encre, lame presque à plat, en ne coupant que la trame et pas le papier. Une lame tenue droite entaille la feuille : au scan, la rainure fait une ligne grise que vous ne pourrez plus enlever.

Maroufler, sinon ça bulle

Une fois la trame en place, on la frotte avec le dos d'un ongle, une spatule ou un plioir, du centre vers les bords. Sans ce passage, l'adhésif garde des micro bulles d'air qui apparaissent comme des taches claires sur la photocopie. C'est l'étape que tout le monde saute et que tout le monde regrette.

Superposer pour foncer, avec prudence

Deux trames superposées donnent un gris plus sombre, et c'est la façon classique de créer trois niveaux d'ombre avec deux feuilles. Mais c'est aussi la première source de moiré, et la section suivante explique pourquoi. Règle immédiate : ne superposez jamais deux trames alignées dans le même sens.

Gratter pour faire de la lumière

Pour un reflet dans les cheveux ou un éclat sur une lame, on ne dessine pas en blanc : on gratte la trame déjà posée, lame tenue à plat, par petits mouvements dans le sens de la mèche. Les points disparaîtront progressivement et le dégradé sera plus naturel que n'importe quel masque. C'est le geste qui donne tout de suite l'air professionnel à une page.

Et ce qu'il ne faut pas tramer

Une page entièrement tramée est illisible : l'oeil n'a plus de repos. Gardez du blanc franc sur les zones éclairées et du noir franc sur les ombres les plus dures. La trame est le gris du milieu, pas la couleur de fond. Le même raisonnement en quatre couches vaut pour la couleur, et il est détaillé dans dessin manga couleur.

Le moiré, le scan, et la trame numérique

Le moiré est ce réseau de vagues ou de damiers qui apparaît à la place des points. Il n'est pas sur votre page : il naît de la rencontre entre la grille de votre trame et une autre grille régulière, celle du capteur du scanner ou celle d'une seconde trame.

La règle des 30 degrés

Quand vous superposez deux trames, tournez la seconde d'environ 30 degrés par rapport à la première, ou choisissez une finesse différente. Deux grilles décalées de quelques degrés seulement sont le pire des cas : c'est précisément ce faible écart qui crée le battement visible.

Scanner une page tramée

Une trame de 60 L scannée à 300 ppp donne très souvent du moiré : il n'y a pas assez de pixels pour rendre chaque point distinctement. Scannez à 600 ppp au minimum, en niveaux de gris ou en noir et blanc pur, et surtout désactivez tout ce qui s'appelle détramage, netteté automatique ou amélioration : ces filtres sont faits pour les photos et ils détruisent les points.

Ne jamais redimensionner une zone tramée

C'est l'erreur numérique la plus courante, et elle est irréversible. Agrandir ou réduire une image qui contient déjà une trame change la taille des points et casse la régularité de la grille : le résultat est flou ou moiré. On fixe donc le format de la page AVANT de tramer, jamais après.

En numérique, la trame est un calque à part

Dans un logiciel de dessin manga, une trame se pose sur son propre calque, en gardant la valeur de gris séparée du trait. L'intérêt n'est pas le confort : c'est de pouvoir changer la densité d'une ombre après coup sans retoucher l'encrage, et de réutiliser exactement la même valeur d'un chapitre à l'autre. Notez vos valeurs quelque part : une même paire de cheveux tramée à 20 pour cent au chapitre 1 et à 30 pour cent au chapitre 4 se remarque immédiatement, et c'est le genre d'incohérence qui fait amateur.

Où la trame se place dans le processus

Toujours après l'encrage et jamais avant : une trame posée sur un crayonné empêche de gommer. Dans le déroulé complet d'un chapitre, c'est l'avant dernière étape, juste avant le lettrage ; l'ordre et le temps réel de chaque étape sont détaillés dans comment dessiner un manga.

Conclusion

Une trame manga se choisit avec deux chiffres : la finesse en lignes par pouce et la densité en pourcentage. Trois feuilles, une 60 L claire, une 60 L moyenne et un dégradé, suffisent à tramer un chapitre entier. À la pose, coupez large puis recoupez lame à plat, marouflez toujours, et gardez du blanc franc pour que la page respire. Et retenez les deux règles qui sauvent le travail à l'impression : 30 degrés d'écart entre deux trames superposées, et 600 ppp sans aucun filtre au scan.

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